Systèmes restauratifs – retours d’expériences

Systèmes restauratifs – retours d’expériences

Retours d’expériences sur des outils de communication collective pratiqués en habitats participatifs

Dans le contexte de Mascobado et des échanges dans Ecohabitons 34 sur « Vivre le conflit », il est apparu fécond de s’ouvrir aux autres habitats participatifs (HP) pour enrichir le jardinage de nos relations interpersonnelles et collectives. Voici un retour d’expériences sur différentes approches. Rémy Castéran

Cercles de parole & Roues libres
Entretiens avec Pascal et Kim, de l’Ilot Vert, à Lodève

Deux fois par mois, durant 1.30- 2.00, les volontaires se réunissent pour échanger en
deux temps successifs :
– Un cercle de partage, d’écoute où chacune à tour de rôle, aidé d’un bâton de parole à remettre au centre ou d’un gong, exprime des aspects, des ressentis, des témoignages liés à sa vie personnelle. Douloureux ou joyeux. En creux ou en relief. Tourments et bonheurs. Des choses qui nous touchent le cœur, organiques, émotionnels, des vulnérabilités. Silence possible. La confidentialité est de mise.
– Une « roue libre » qui consiste à proposer un sujet lié au projet, qui fait avancer le collectif. Plus dans le mental, l’intellect, en mode remue-méninges. Défini à l’avance ou lors de la météo. Trois chaises, avec une prise de parole à tour de rôle. Ex : autofinition des travaux, ressenti sur l’embauche d’un salarié, etc. Un compte-rendu ou des notes sont ensuite diffusés et partagés au reste du groupe. Un ¼ h avant la fin, un résumé est écrit.

La rencontre débute par un tour de météo où chacune exprime son état du moment. Puis, annonce, si besoin, une déclaration dans le cercle de parole et/ou un sujet, une
question à partager en « roue libre ».

Au départ, mensuellement, ces deux temps alternaient, puis ils ont été rassemblés
deux fois /mois.
Le cadre de sécurité du Cercle de parole est connu : je parle en « JE » ; pas d’intectualisme, de philosophie, ce que je sens; confidentialité ; écoute ; bienveillance ;


Lucioles
Entretiens avec Xavier, Lilia, Anne, de Terra Dora, à Montpellier (novembre 2025)

Au départ, les tensions interpersonnelles éventuelles étaient prises en compte par des temps de médiation du GT Pilotage, avec deux personnes. Lors des plénières, des difficultés de positionnement ou d’expressions crispant certaines personnes ont nécessité des régulations dans un groupe qui vit bien par ailleurs.

En 2023, nous avons organisé un week-end avec une intervenante extérieure sur la cohésion de groupe, la régulation, etc. Nous avons été très satisfaits de cette intervention.

Pour créer les Lucioles, en décembre 2023, le GT « Gouvernance et fonctionnement » a débattu une proposition avec décision par consentement. Depuis, il organise l’élection sans candidat de 3 « Lucioles 1  », relevées par 1/3 tous les 6 mois, soit un an et demi d’activité dédiée. Nous avons envie que tout le monde se frotte à cet exercice. Il faut potentiellement réfléchir sur ce qu’est un groupe, sur l’opportunité d’intervenir, etc.
Autrefois, les lucioles intervenaient 1x/mois, maintenant, moins fréquemment. Elles œuvrent depuis deux ans, avec deux renouvellements.

Les lucioles remplacent le sage choisi et interviennent parfois lors des plénières, Au moins une luciole sur 3 doit y être présente. Si besoin, elles recentrent la discussion ou reprécisent les règles (écoute et respect de la parole de chacun.e notamment). Elles sont garantes des relations entre les habitants dans l’immeuble, en relations duelles ou en groupe et à travers les divers outils numériques. Elles organisent éventuellement des temps de médiations pour traiter les problèmes de communication (ex : messages WhatsApp non lus ou trop nombreux ; implication dans la vie commune, etc…).

Elles sont utiles pour limiter les digressions en réunion ou traiter les propos négatifs lors d’interventions en public (ex : incompétence professionnelle de l’architecte). Lors des plénières, à 3-4 reprises, nous avons organisé des temps (2-3 mn) d’expression interpersonnelle en binôme. En rotation, un temps de discussion interpersonnelle. Tout le monde passe avec tout le monde, pour se dire ce qui facilite les relations entre nous et les améliorations souhaitées. Ces temps ont été complétés par différents ateliers sur le « vivre ensemble ». Cependant, les prises de décision restent prioritaires lors des plénières.

C’est une instance très jeune ; on continue à se chercher, à tâtonner sur la façon de fonctionner. Comment évaluer, apprécier l’opportunité d’intervenir ? Il est fluide, réactif, léger de fonctionner à 3 ; pour décider d’intervenir, soit on observe pendant les plénières, soit on est interpellées directement. Notre périmètre d’action doit être clarifié, surtout avec les deux autres Lucioles : positionnement, argumentation. Trois à quatre jours après la plénière, on se voit pour partager nos ressentis, avec des observations régulières.

Les lucioles ont un rôle potentiel de médiation dans le groupe. Les points d’attention : il est nécessaire de clarifier/re définir fréquemment le rôle et le périmètre d’action des lucioles car ils peuvent être interprétés différemment selon les membres du collectif. La présence de lucioles ne doit pas déresponsabiliser les individus lors de tensions entre personnes. Par exemple si 2 personnes ont un différend, elles doivent en premier lieu dialoguer entre elles avant de demander l’intervention potentielle des lucioles. La régulation doit passer d’abord par les personnes concernées directement.